Lettre ouverte aux Responsables politiques de Strasbourg

Parlons des piscines de la CUS.

Enfin du neuf à l’horizon, la presse vient d’informer les habitants de la CUS d’un plan piscine 2010-2020. On serait en droit de se réjouir tant il est urgent, du moins pour les utilisateurs des piscines, qu’une  véritable politique des piscines se réalise. Car il est admis que ceux-là souffrent beaucoup de pratiquer la natation (tout l’ensemble des nageurs-avec ou sans palmes) dans les établissements de la CUS.

Malheureusement ce qui se profile s’apparente à la mise en place d’une politique animée par la passion de l’ignorance (chère à M. De Cusa).

Expliquons.

Tout d’abord, je me permets un préambule qui vaudra pour tout ce qui va suivre. Ce que nous annonce la majorité actuelle de la CUS aurait pu l’être par la précédente majorité dirigée alors par M. Grossman, tant on se rappelle son silence criant concernant les piscines et qui fut éclairé par une pathétique proposition avant et entre les deux tours des dernières municipales (l’idée de la fumeuse piscine franco-allemande, cf. notre troisième point à venir).

L’une comme l’autre sont à mettre dans le même sac, donc, » « bonnet blanc et blanc bonnet » .

Je reprends les choses à partir de la belle synthèse de M. J.-J. Blaesius que j’ai eu le plaisir de lire dans les DNA du 7 fevrier après son premier papier du 30 janvier.

Premier point: La piscine du Wacken.

On va la transformer en « piscine nordique ». Le principe est bon.

Mais ce qu’on va nous servir est indigeste. Nous voilà revenu près d’un siècle en arrière quand ce qui primait était la mise en place de politiques hygiénistes. M. Fontanel nous fait rire quand il nous annonce «  pas assez de mètres carrés et trop de mètres cubes » Raisonner en mètres carrés –ce qui est confirmé par le projet paru dans les DNA du 30 janvier, la belle affaire, alors que  l’unité de mesure qui s’impose pour toute piscine est la ligne d’eau.

Et là, formidable surprise le projet à venir nous parle  pour la pratique de la natation d’un bassin de 6 lignes d’eau. Ce qui ne se fait plus depuis belle lurette. La norme d’aujourd’hui c’est 10 lignes d’eau pour un bassin de 50 mètres.

Donc on nous annonce des économies à savoir un projet qui d’emblée sera au rabais, malgré un budget général de 100 millions d’euros. On croit rêver.

Qu’est-ce  à dire : on ne veut pas de nageurs dans les piscines mais des baigneurs. Pourtant nous avons en Alsace un grand spécialiste des piscines qui aurait su orienter nos décideurs en l’occurrence M. Laurent Horter , Le Président de la Ligue d’Alsace de natation.

Moi-même, par divers canaux dont un très fiable, j’ai fait transmettre à la mairie de Strasbourg des documents remarquables émanents, en particulier, d’un architecte qui fut un beau pratiquant des piscines en tant qu’ancien international de water-polo sélectionné au J.O. de Séoul. Son regard est double : il voit les choses du point de vue de l’utilisateur mais aussi de celui qui en est le promoteur. Ce qu’il a réalisé est remarquable.

Au regard de ce que la presse nous annonce, je me permets une interprétation : La Cus ne veut rien savoir des besoins des « usagers » des piscines tant sa référence reste comptable. Voilà qui nous assure d’une future maintenance catastrophique – au sens humain et économique- du parc des piscines de la CUS.

Je pense que M.Bigot et M.Froehly ne nagent pas beaucoup. Qu’ils aillent faire un tour à la piscine de Schiltigheim  et qu’ils passent par les douches et attendent que les élèves des écoles primaires déposent leurs affaires à même le sol car les barres où ils pourraient accrocher leurs serviettes ne sont pas adaptées à leur taille . Et pourtant c’est là le résultat des travaux entrepris très récemment.

Deuxième point : L’avenir des Bains Municipaux.

Nous touchons là le fond.

L’annonce d’une privatisation des bains municipaux nous semble être de l’ordre de la provocation. Il faut avoir la vue courte et aussi une mémoire défaillante pour oser annoncer ce projet. Plusieurs remarques s’imposent. Rappelons nous de ce qu’est devenu la piscine dite du Motel après sa privatisation.

Le privé ne peut en aucun cas offrir des tarifs d’entrée proposés par les établissement publics. C’est pour cela que nous payons des impôts . Donc privatiser, c’est l’annonce d’augmentation des prix d’entrée et priver une grande partie de la population du centre ville de la jouissance d’un établissement de bain. Mais cette population dont je parle, d’aucuns dirait la populace, est représentée en particulier par les étudiants dont on sait qu’ils souffrent du coût de la vie actuel, mais aussi une partie importante des habitants du centre ville aux revenus modestes et en particulier des personnes âgées. C’est comme si on voulait vider la ville de certains de ses habitants au profit d’autres plus aisés et moins revendicateurs. A ce titre, en plus de revoir leur Histoire j’invite nos élus à parcourir quelques dictionnaires de la langue française et à se pencher sur l’étymologie de mot banlieue.

M.Hermann m’amuse. En particulier quand il appelle à sa rescousse M. Grossmann pour une « opposition constructive ». Là ils pourraient être d’accord pour s offrir au monde privé !

A cet égard qu’ils cessent l’un et l’autre de se référer au signifiant « Démocratie ». C’est une injure faite à ce mot.

La logique comptable a ses limites. Qu’ils relisent leurs manuels. Qu’ils se laissent enseigner par quelques chercheurs pour les guider. Par exemple par le prix Nobel M. Paul Krugman qui dénonce actuellement « l’hystérie des déficits ». M. Hermann est un habitué des contre-pieds quand on l’interroge sur un sujet, il nous répond finance et quand on l’interroge sur les finances, il répond par le sujet sous-tendu.

Regardons ce  que la ville de Roubaix a fait de sa piscine : un splendide musée. Mais la piscine n’a pas été oubliée. Que nos élus aillent faire un tour à Dunkerque et qu’ils puissent s’inspirer de leur plan piscine. Et si je m’appuie sur ces deux exemples c’est parce que ces municipalités du nord de la France tout en étant en grande difficulté économique font preuve d’audace en matière de politique culturelle et sportive. Mais comment font-ils ?

Si les bains Municipaux coûtent trop cher alors faisons de cet ensemble autre chose comme l’a si bien fait la Ville de Roubaix. Et pourquoi ne pas construire un ensemble nautique moderne sur le carré de la SEITA ?

Et qu’on nous cite donc une seule réussite d’un passage du Public au Privé

Les piscines que j’ai pu fréquenter en France, et ailleurs étaient toutes gérées par des municipalités ou des régions, en particulier en Australie.

Troisième point : La  piscine franco-allemande.

Nos amis allemands n’en veulent probablement pas. La ville de Kehl gère trois piscines ( c’est beaucoup ça pour une municipalité de cette dimension) dont deux de plein air celles de Kehl au bord du Rhin qui jouxte le Jardin des Deux Rives et celle de Auenheim. Pourquoi en ce lieu une autre piscine que les Allemands ne souhaiteront en aucun cas co-gérer tant leur façon de faire diffère en tout point de vue des Français. Observez un Maître Nageur Allemand et un Français dans l’exercice de ses fonctions et vous aurez tout compris.

Reste  d’autres lieux envisageables. Mais là aussi on peut se risquer à une interprétation. L’élu dit « piscine horizon 2020 » à entendre «  aux prochains élus de faire » !

Concluons.

C’est la passion de l’ignorance qui triomphe et le formidable refus de savoir au sens freudien du terme (faites un mixte de l’histoire et de la Structure d’un sujet et vous aurez la définition de ce refus –je me permets cette occurrence façon de faire entendre que l’économie sans les sciences humaines « n’est que ruine de l’esprit » c.f. Stéphane Beaud).

Nos élus de tous bords se présentent en champion de la langue de bois et du mensonge (c’est là une autre référence au beau texte attribué à Jonathan Swift « L’art du mensonge en politique »).

Il suffit de relire les propos de M.Hermann le 30 janvier dernier: « On est dans l’annonce d’un processus, bien en amont de tout choix de mode de financement et l’affaire progressera dans la transparence ».

Je me permets de penser le contraire rien n’a été et ne sera débattu. Pas la peine d’être un fin lecteur. Tout semble plier. Pour être clair, je rajoute : mon bulletin de vote est allé à M.Ries (tient qu’en pense-t-il ?) d’où ma déception encore plus grande.

Que les élus arrêtent de penser qu’ils pensent mieux que le peuple et que leur acte politique viendra répondre à ce que ce dernier ignorerait de lui-même.

C’est pour cela que nous allons lancer un appel au maintien des piscines de la CUS dans le service public et au progrès, attendu depuis longtemps, de sa gestion.

Pour cela une Association de défense- au sens citoyen du terme- saura faire entendre les voix de ceux qui refusent cette main mise sur le bien public.

Jean-Daniel Moussay

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Comments
5 Responses to “Lettre ouverte aux Responsables politiques de Strasbourg”
  1. Valerie dit :

    Autre episode memorable : lundi 15 fevrier, piscine de Schiltigheim fermee au public pour cause de… panne du tourniquet a l’entree ! On croit rever. Pendant ce temps la, le personnel était present et paye, les clubs et les ecoles pouvaient entrer, nager et sortir comme d’habitude, mais impossible de laisser rentrer le public, carte d’abonnement ou pas : motif ? si le tourniquet ne fonctionne pas, impossible de compter le nombre d’entrees, ce que la nouvelle reglementation exige, apparemment, surtout qu’il ne faudrait pas prendre le risque de depasser la limite des 1300 places entrees autorisees (ce jour la, il neigeait, on était 8 ou 9 a l’entree… un papier et un crayon pour compter les entrees ? non, pas possible). Principe de precaution, la encore…

  2. Georges dit :

    Le probleme de la CUS en matiere de piscines est urgent et complexe. Je nage jamais la-bas peut etre pour cela? Je me preocupe plus du secteur d’Obernai. Le centre nautique repondra -t-il aux besoins et desirs des usagers. L’avenir nous le dira?

  3. Valérie Joubert dit :

    J’ai lu l’article paru dans les DNA à propos du projet piscines de la CUS, et je suis d’accord avec vous : quelle étrange idée de limiter les possibilités de mettre les piscines aux normes olympiques, de voir à plus long terme !
    Bien cordialement.

  4. Denis dit :

    Que fait le personnel de la piscine de Schiltigheim.

    Régulièrement je suis sidéré par l’état in insalubre de cette piscine.

    En sortant des vestiaires, direction bassins, « petit coin restauration », des poubelles qui débordent, papiers divers, sandwichs laissés à l’abandon, …

    L’état sanitaire de cette piscine est effroyable.

    Ne peut-on rien faire ?

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